Santé et Société

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Hygiénisme et Indigence, Patient expert et Citoyen émancipé
Edito juillet 2015 - Association des Professeurs de Sciences Médico-sociales

Deux logiques, deux politiques, deux dispositifs s’opposent et se croisent en France. Ce, depuis la Révolution française de 1789, où le souhait était de  mettre un terme aux reproductions sociales, aux corporatismes, aux freins, aux charges (déjà !) pour promouvoir les libertés de pensée et d’agir, redistribuer le pouvoir confisqué par les autorités, les notables (déjà !) au peuple.
Cette revendication d’autonomie, espérée par l’entreprenariat de l’époque, qui visait à commercer pour s’enrichir, s’est traduite par une précarisation du plus grand nombre, laissé sans filet de protection pendant un siècle, avant que l’Etat légifère et réglemente, sous la pression de la rue, mais aussi, de différents mouvements politiques, religieux ou sociaux.
Ainsi, un article daté de 1870 sur « l’indigence à Paris et l’assistance publique » soulignait qu’ « en résumé, la société  n’est jamais composée que de deux grandes classes, ceux qui ont plus de diners que d’appétit, et ceux qui ont plus d’appétit que de diners ».
Aujourd’hui, il reste  de cet héritage l’aide sociale, avec ses minimas sociaux et son histoire : chaque commune possède son « carré des indigents », pour accueillir ceux qui ne peuvent pas financer les frais de funérailles, et, dans la simplicité extrême, comme le souligne sur son site internet la fédération des marbriers : pierre blanche et sobre, noms, prénoms et dates du défunt non inscrites et ornements  limités,  mais recueillement et corbillards identiques !

En corrélation avec les préoccupations sociales, le courant hygiéniste s’est appuyé sur les découvertes de Louis Pasteur pour réorienter les pratiques médicales, mais aussi, indirectement, l’urbanisme et l’architecture. Il s’agissait d’éviter la propagation des maladies transmissibles, d’éduquer à la propreté corporelle et à celle de son cadre de vie. L’enjeu de santé publique rejoint celui du social : la salubrité s’associe avec la sécurité et la morale.
Après la tuberculose, d’autres maladies infectieuses ou environnementales menacent, et l’espérance de vie reste un marqueur  des inégalités de santé, malgré un siècle marqué par l’Etat Providence.

Les temps ont cependant changé, comme le souligne Alain Ehrenberg dans un article paru en 2010, dans la revue « Sciences Humaines » : « qu’il s’agisse de recherche d’emploi, de vie de couple, d’éducation, de manière de travailler, de se conserver en bonne santé ou d’être malade, l’action faite de soi-même est celle qui a, à la fois le plus de prestige et le plus d’efficacité, c’est celle à laquelle nous accordons le plus de valeur, qu’il s’agisse d’agir avec efficacité ou de choisir sa vie ».
Ainsi, le malade change de statut. Il devient un patient expert, un acteur de sa santé, grâce à des programmes d’éducation thérapeutique. Depuis 2002, la démocratie sanitaire redonne la parole et l’action à celui qui a été longtemps écarté, par les professionnels de santé, de son propre Bien être.
Ainsi, le citoyen devient l’acteur de sa protection sociale, en choisissant sa couverture sociale, ses cotisations compte tenu de ses risques personnels, de son âge, de son hérédité, et non pas du principe de solidarité, des équilibres démographiques, du chômage…
La protection sociale redevient suspecte, au service des « paresseux », de ceux qui abusent, de ceux qui viennent de l’extérieur.

Les mots ont changé mais l’histoire bégaie. Les cycles apportent des idéologies et des discours semblables, même si rien n’est tout à fait comme avant… Solidarité et individualisme se partagent une vision de la gouvernance et des Hommes qui trouvent toujours leurs limites selon les déterminants économiques, géopolitiques du moment.
L’action sociale est désormais synonyme de responsabilisation des clients, d’émancipation, de projets personnels, de retour à la norme où l’Etat n’est qu’un régulateur, pas un protecteur !
L’initiative et la créativité sont devenues les fondements de la nouvelle société, pas l’assistance !

Bonnes vacances à toutes et à tous !

En bref...
Brève
Plan étudiant pour la rentrée 2018 :

Présentation des mesures gouvernementales en date du 30 octobre 2017 :
http://cache.media.enseignementsup-recherche.gouv.fr/file/concertation/02/3/DP_plan_etudiants_web_839023.pdf