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L’école libérée
Edito Mars 2016 - Association des Professeurs de Sciences Médico-sociales

L’école autrefois était sombre, sans odeur excepté celle des produits de nettoyage et sans bruit excepté celui du chahut, toujours aux mêmes étages, dans les mêmes classes, un chahut d’ennui et de révolte, de reproduction générationnelle disaient certains.
Depuis bien longtemps les portables avaient remplacé les horloges qui ponctuaient les instants avant la sonnerie, souvent grêle qui rappelait qu’après le lundi venait le vendredi, qu’après septembre venait juin et sa reconquête qui s’achevait au plus tard le 6, jour de la libération !

L’école autrefois était déterminée, sans surprise avec ses cours, ses programmes, ses notes même si d’autres nommaient cela aujourd’hui des séquences, des référentiels, des compétences critériées à atteindre, cette école avait toujours l’ambition de la réussite républicaine grâce à l’effort même si des experts soulignaient que tout se décidait à la maternelle, que l’acquis ne pouvait rien contre l’hérédité et que le parcours scolaire se résumait à un tri.

Un Comité des sages fut constitué et s’était  réuni, il déclara après cinquante heures d’audition et un rapport de deux cent pages que ce constat en était imputable au collectif, à l’égalitarisme, aux emplois du temps reproductibles sur les territoires et surtout au silence imposé dans les classes, à cette rigidité des pratiques qui empêchait tous les projets, toutes les aventures !

Le grand changement s’imposait !
Une grande fête nationale fut organisée dans les écoles, un 4 août (les vacanciers avaient pris un jour de congé) et tout au long de cette journée le lycée devint lumineux avec plein de rires, d’odeurs qui rappelaient des souvenirs heureux, ceux de la maternelle où l’on chantait, racontait des histoires…
Les tables et les chaises avaient été descendues dans la cour et sur l’estrade tous les talents avaient été invités, chacun s’était présenté et chacun connaissait enfin ce que faisait l’autre.
La démocratie directe avait débouché sur ses premières décisions vers 15 h, la première préconisation était d’inverser la classe, l’école.
Le vendredi devenait lundi, l’après midi le matin et les vacances les périodes de cours et…inversement !
Le professeur de français allait travailler avec le professeur de mathématiques et la langue officielle devenait l’anglais le matin, l’espagnol l’après midi et le français le soir !
Un feu d’artifice fut tiré vers 22 heures et on dansa sous les étoiles toute la nuit pour célébrer cet instant de démocratie directe où des termes comme Intendance, Secrétariat de Direction, Laboratoire avaient perdu toute signification fonctionnelle ou hiérarchique !

L’école demain serait libérée de ses astreintes et de ses habitudes, les professeurs de STMS seraient dans un premier temps les experts de cette bientraitance compte tenu de leurs aptitudes à organiser des actions de solidarité et de mettre à leur programme le Bien-Etre physique, mental et social !
Le lendemain de cette folle journée, chacun signerait avec empressement le nouveau livret scolaire numérique intitulé « plénitude » avec un mot de passe donnant accès à toutes les plateformes, à tous les réseaux, à toutes les confidences d’une tribu qui déciderait enfin quand travailler, avec qui et comment…

L’école proposait et l’élève décidait enfin le coach qui lui correspondait et qui allait l’aider à trouver sa motivation, à construire sa trajectoire de vie grâce à un débat permanent où le temps importait peu et encore moins l’évaluation des acquis.
Chaque jour était différent et on voyait même des professeurs donner rendez-vous à leurs fidèles au gymnase ou encore dans des salons qui s’improvisaient à tous les étages.
L’absentéisme n’existait plus et l’infirmière avait dû se reconvertir, la seule chimie sollicitée était celle de l’agitation intellectuelle et culturelle.
Le professeur ne revendiquait plus ses HSE ou IMP, l’élève ne distinguait plus la semaine du week-end et le Proviseur était devenu le gardien d’un phalanstère où le Bonheur était naturel.
La République avait enfin trouvé tout son sens et l’école française déclarée par l’OCDE la plus performante au sein de l’espace européen, bien avant la Finlande !