Santé et Société

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Digressions : Les vieux
Edito, octobre 2015
 
Les vieux sont partout…ou presque, dans les transports publics aux heures de « pointe », dans les commerces, de préférence le samedi après-midi, ou encore dans les isoloirs quand à peine 40% des inscrits viennent voter, mais…combien sont-ils ?
Les vieux se « reproduisent » actuellement plus rapidement que les jeunes. Au 1/1/2050, ils seraient, selon l’INSEE, 22,3 millions de plus de 60 ans contre 12,6 millions en 2005, soit une hausse de 80% en 45 ans.
Le vieillissement est inéluctable. En 2050, 15,6% de la population aura plus de 75 ans, mais, après cette vague « blanche », viendra le ressac naturel avec 773 000 décès en 2049 contre 531 000 en 2005. Question de patience !
 
Les vieilles résistent mieux que les vieux ! Elles se retrouvent en surnombre plus on gravit l’échelle des âges. Elles profitent davantage que les hommes en matière de survie et bénéficient du grand âge. Ainsi, chez les 90-94 ans, il y a trois fois plus de femmes que d’hommes et huit fois plus pour les centenaires.
Elles vieillissent beaucoup plus souvent seules, sans nouveau partenaire. C’est le cas des trois quart d’entre elles. Mais, comment trouver un nouveau conjoint quand l’offre masculine est faible et plutôt tentée par l’éternelle jeunesse !
Les hommes se remettent plus facilement en union, toujours à la recherche d’une aidante, d’une bénévole conjugale. Pour adoucir leurs derniers instants, ils sont prêts à payer !
 
Les vieux sont partout, au marché ou à table comme invités dominicaux autour de la tarte pour transmettre, témoigner et évaluer une descendance, une société qui se dégrade. Ils deviennent de plus en plus radicaux dans leurs idées et comportements, proportionnellement aux taches de vieillesse sur leur peau, aux douleurs rhumatismales et à leur consommation de médicaments. Les valeurs essentielles sont celles de leur passé, et leur avenir, celui des souvenirs que l’on encadre sur le buffet et dans sa tête !
 
Les vieux sont partout et donnent leurs avis sur tout ! Dans les pages du courrier des lecteurs, dans les bureaux de poste où ils se retrouvent seuls, ou encore, dans les clubs qui sont autant de forteresses générationnelles et de lieux de production de rumeurs, d’exclusion.
Les vieux aiment jouer aux cartes, au loto ou au casino selon leur fortune, mais toujours avec les mêmes, pour se protéger de tout discours variant, de toute innovation.
 
Les vieux sont partout et montrent leur richesse dans les restaurants, sur les plages du sud et dans leur compte épargne, leur patrimoine.
Ils peuvent être généreux contre un sourire avec leurs petits-enfants, et avec la charité quand il s’agit d’acheter des brioches de l’amitié ou de contribuer à financer des fauteuils roulants avec des bouchons.
Ils ne sont cependant pas égaux devant le capital : 12,6 %  survivent dans la pauvreté monétaire, 558 000 ont pour seule ressource, le minimum vieillesse, et l’écart après 74 ans est de 2,9 entre les 10% les plus pauvres et 10% les plus riches.
Ainsi va la vie…La fin ressemble beaucoup au début et à la maturité. Les déterminants n’évoluent pas avec le temps !
 
Les vieux sont partout, mais, ils ont peur.  Peur des jeunes, des voisins, des envahisseurs, mais aussi des automates, des box, des smartphones, des objets connectés et de leur dentiste qui part en retraite, de leur épicier qui est en liquidation, de leurs amis qui ont disparu sans laisser d’adresse sur terre…
Pour eux, la violence est généralisée : la canicule les guette, tout comme la grippe, la maladie d’Alzheimer, les accidents domestiques, les chutes et les escrocs qui profitent de leur faiblesse, les maltraitants institutionnels…
 
Les vieux sont partout, et surtout, avec des besoins liés à la dépendance qui survient en moyenne à 83 ans. De 1,17 millions dépendants en 2012 au sens de l’APA, ils seront 2,3 millions en 2060.
Le baromètre autonomie publié en 2015 montre que 73,4% ne connaissent pas le coût mensuel de cette perte d’autonomie qui doit trouver selon les personnes interrogées une réponse collective plutôt qu’individuelle.
La solidarité est invisible et imaginée comme un fond sans fin, financé par les autres, qui donne des prestations versées par l’Etat, le département ou encore la commune. Les vieux ont des droits, mais ne veulent pas payer d’impôts. Ils considèrent souvent que les prestations sont médiocres, insuffisantes surtout à domicile. Les vieux suspectent toujours que ce sont les autres qui en sont bénéficiaires alors qu’ils ne le méritent pas !
 
Les vieux sont partout et, avant de partir, n’ont qu’une obsession : taguer leur environnement pour qu’on ne les oublies pas, acheter des plaques pour rappeler qu’ils avaient un nom et une date de naissance et de fin, car ils sont, en réalité, sans illusion. Personne ne pensera plus à eux, excepté peut être un autre retraité, un autre vieux qui tue le temps en reconstituant son arbre généalogique !